Les bois gravés
À la rencontre de la Bretagne et du Japon
La gravure sur bois marque un tournant décisif dans le parcours d’Henri Rivière. Entre 1889 et 1895, l’artiste développe une œuvre en couleurs qui lui vaut une reconnaissance en France et à l’étranger. Ses paysages bretons et ses études de vagues associent l’observation de la nature à une connaissance approfondie des estampes japonaises.
Dessinateur, graveur et imprimeur, Rivière maîtrise personnellement les différentes étapes de la création. La finesse des couleurs, la précision des contours et la qualité des papiers témoignent d’une exigence constante. Tirées en petit nombre, ses xylographies occupent une place essentielle dans le renouvellement de l’estampe originale.
Origines et évolution
La découverte de la Bretagne, en 1884, et celle de l’art japonais constituent deux expériences fondatrices. Introduit chez Siegfried Bing, puis chez Florine Langweil et Hayashi Tadamasa, Rivière étudie les œuvres des maîtres japonais et enrichit ses collections.
À la fin des années 1880, il entreprend de retrouver leurs procédés d’impression. Sans en connaître les gestes ni les outils, il multiplie les essais jusqu’à obtenir les effets recherchés. Ses premières recherches parisiennes précèdent les grands ensembles consacrés à la Bretagne.
Présentés dans les expositions des peintres-graveurs, ses bois attirent l’attention des critiques et des institutions. Ils sont ensuite exposés à Bruxelles, Munich et Vienne. Rivière délaisse pourtant cette technique en 1895, avant d’y revenir brièvement en 1914 pour compléter certains tirages et réaliser ses dernières compositions.
Techniques et création
Lors de ses séjours bretons, Rivière dessine et peint sur le motif. Paysages, attitudes des personnages et mouvements des bateaux alimentent une documentation qu’il reprend dans son atelier parisien. Des études à l’encre, à la gouache ou à l’aquarelle précisent les compositions avant leur report sur le bois.
Il commence par graver la matrice de trait, qui structure l’image, puis prépare les surfaces destinées aux couleurs. Il travaille sur du poirier en bois de fil, au canif et à la gouge. L’ensemble de cette production représente plusieurs centaines de matrices, dont certaines sont aujourd’hui conservées à la Bibliothèque nationale de France.
Rivière prépare lui-même ses couleurs à l’eau et choisit ses papiers japonais. L’impression s’effectue à la main, sans presse, au moyen d’un frotton. Le repérage des passages successifs exige une précision : les teintes doivent se juxtaposer ou se superposer sans déséquilibrer l’ensemble.
Les tirages sont généralement prévus à vingt exemplaires, mais certaines éditions restent incomplètes. Rivière en reprend plusieurs en 1914, après la gravure des matrices.
Les grandes séries
Les projets xylographiques de Rivière dépassent largement les seuls ensembles achevés. Séries interrompues, compositions inédites et études préparatoires permettent de mesurer l’ambition de son programme.
Les Paysages bretons — Initialement conçue pour réunir cent planches, cette série constitue le cœur de son œuvre gravé sur bois. Rivages, villages, travaux et rassemblements populaires composent une Bretagne observée au quotidien. Certaines œuvres adoptent plusieurs feuilles, comme Le Pardon de Sainte-Anne-la-Palud.
La Mer : Études de vagues — Prévue pour trente-trois planches, cette série compte sept compositions achevées. Sans présence humaine, elle explore les mouvements et les transparences de l’eau. Entreprise au début des années 1890, elle reçoit une dernière planche en 1914.
Les Trente-six vues de la Tour Eiffel et La Seine — Ces recherches parisiennes restent largement inabouties sous forme de bois gravés. Elles témoignent de projets, dont certains sujets trouvent ensuite leur expression dans la lithographie.
Les autres projets — Les Six Ermites bretons et Les Silhouettes du crépuscule révèlent d’autres orientations, demeurées essentiellement à l’état préparatoire. La Basilique d’Assise en hiver appartient aux ultimes bois réalisés en 1914.
Sources et publications
Le Catalogue raisonné des bois gravés d’Henri Rivière, signé Olivier Levasseur et Yann Le Bohec et publié aux éditions Locus Solus en 2024, étudie cette production. Il rassemble les planches achevées, les travaux inaboutis et les documents préparatoires, en éclairant leurs caractéristiques et leur contexte de création.

